Je ne veux pas d’expositions formelles.
Pas de murs blancs, pas de vernis d’ouverture, pas de vin dans des gobelets.
L’art, quand il se replie dans les salles, se met à ressembler à une collection de papillons sous verre : mort, rangé, désactivé.
Mes photos ne sont pas faites pour ça.
Elles n’ont pas été pensées pour se suspendre dans des galeries. Elles viennent du dehors, elles doivent y retourner. Le béton, le ciel, les toits : c’est là qu’elles ont été prises, c’est là qu’elles doivent vivre.
Je ne veux pas que Limites soit confiné dans des salles qu’on visite une fois et qu’on oublie. Je veux que les images s’imposent dans le quotidien. Je veux qu’elles soient vues par ceux qui ne vont jamais dans les musées, par ceux qui passent en voiture, à vélo, à pied, pressés ou distraits.
Qu’elles apparaissent soudain sur un panneau d’affichage public, entre deux publicités pour un vide-greniers ou un concert.
Qu’elles deviennent parasites, fissures, accidents visuels.
Qu’elles rappellent que l’espace public appartient aussi à ce qui n’est pas marchand, pas rentable.
Exposer dans la rue, ce n’est pas un geste romantique, c’est une nécessité. C’est remettre les images à leur place : au milieu des passants, des bruits, des vies.
Limites n’est pas un livre pour se fermer, c’est une brèche.
Je préfère mille affiches éphémères sous la pluie qu’un seul tirage conservé derrière une vitre.
Henri S. Plossac