Henri S. Plossac est un photographe et poète dont l’œuvre, discrète , capte la beauté des instants fugaces. Il explore la poésie de l’ordinaire avec une sensibilité unique. Dans cette interview, il partage sa vision du temps, de l’anonymat et de l’éphémère, tout en nous ouvrant une fenêtre sur son processus créatif et ses inspirations. Un dialogue intime avec un artiste qui préfère l’ombre à la lumière.
Pourquoi avez-vous choisi la photographie comme moyen d’expression ?
Henri S. Plossac : J’ai toujours été attiré par la manière dont une image pouvait capturer un instant, un fragment de réalité, tout en laissant une part de mystère. La photographie permet de saisir l’éphémère, de rendre visible ce qui est souvent invisible, tout en respectant le silence des choses. Pour moi, c’est un langage qui raconte sans avoir besoin de mots.
Quels sont les moments que vous cherchez à capturer dans vos images ?
H.S.P. : Je suis fasciné par les moments ordinaires, ceux que l’on laisse passer sans y prêter attention. Ce sont ces petits instants de la vie quotidienne qui, lorsqu’on les observe de près, révèlent une profondeur et une poésie inattendues.
En parallèle de la photographie, vous écrivez de la poésie. Comment ces deux formes d’art se complètent-elles dans votre travail ?
H.S.P. : La poésie et la photographie sont pour moi deux manières de capturer l’instant, d’exprimer ce qui échappe au langage ordinaire. Mes poèmes, comme mes photos, sont souvent des fragments, des observations du quotidien. L’une et l’autre se répondent : les mots donnent voix à ce que l’image ne dit pas, et l’image fait écho aux silences des mots.
Quelle est votre relation avec le temps dans votre travail ?
H.S.P. : Le temps est omniprésent. Mes images et mes poèmes tentent de figer un instant tout en acceptant que cet instant est déjà en train de disparaître. Ce sont des façons pour moi de représenter cette fuite inévitable du temps.
Vos œuvres semblent souvent empreintes de mélancolie. Est-ce intentionnel ?
H.S.P. : Oui et non. Je ne cherche pas à créer quelque chose de spécifiquement mélancolique, mais il est vrai que j’ai une certaine sensibilité pour les choses qui passent, les moments de silence, la solitude des espaces urbains. C’est une mélancolie douce, celle des choses ordinaires.
Qui sont vos principales influences artistiques ?
H.S.P. : Je suis influencé par des photographes comme Saul Leiter ou Willy Ronis, qui savaient capturer l’ordinaire avec une sensibilité particulière. J’aime l’idée de regarder ce que d’autres laissent filer.
Que ressentez-vous lorsque vous prenez une photo ?
H.S.P. : C’est un mélange de contemplation et de précipitation. Quand je prends une photo, je ressens une sorte de suspension, comme si le temps se ralentissait. Mais en même temps, il y a une urgence, celle de capturer cet instant avant qu’il ne s’évanouisse.
Qu’espérez-vous que les gens ressentent en regardant vos photos ?
H.S.P. : J’aimerais que mes photos invitent à la réflexion et à l’attention. Qu’elles incitent à regarder autrement les choses simples, à percevoir la beauté dans l’ordinaire. J’espère aussi qu’elles suscitent un certain calme, un moment de pause dans la course du quotidien.
Comment sélectionnez-vous les sujets de vos photographies ?
H.S.P. : Je ne choisis pas vraiment mes sujets, ce sont eux qui s’imposent à moi. Je me promène, j’observe, et soudain un instant me frappe par sa simplicité ou sa fragilité. Cela peut être un passant, une lumière, une ombre. C’est toujours très spontané.
Quel est votre rapport à la notoriété ? Vous avez longtemps gardé vos œuvres confidentielles. Pourquoi ?
H.S.P. : La notoriété n’a jamais été un objectif. Mon travail est avant tout une exploration personnelle, un dialogue avec moi-même. J’ai longtemps préféré rester en retrait parce que je crois que l’anonymat permet de préserver une certaine pureté dans la création. C’est seulement récemment que j’ai accepté de montrer mon travail, mais avec la même approche discrète.
Que représente pour vous l’avenir de la photographie et de votre œuvre ?
H.S.P. : Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, ni où mon travail me mènera. Mais je continuerai à explorer ces moments ordinaires, à chercher la beauté dans ce qui est éphémère et souvent invisible. La photographie, pour moi, est un acte de présence au monde, et tant que ce dialogue avec l’instant perdurera, je serai là, avec mon appareil.
